Le chemin de l'Europe- Vollore-ville
Le chemin de l'Europe, tout un symbole Partie1

L’Europe avant l'heure : l'incroyable été 1973 des volontaires de Vollore
Saviez-vous que notre commune vivait à l’heure européenne bien avant les traités politiques ? Dès les années 1950, Vollore innove en faisant appel à des jeunes de tout le continent pour entretenir son patrimoine. Retour sur l'été 1973, une aventure humaine et solidaire hors du commun.
Chaque mois de juillet, une trentaine de garçons et de filles débarquent au village pour 3 semaines à un mois de chantier. Organisés par l'association Concordia, ces séjours permettent à la commune de restaurer ses chemins et bâtiments publics à moindres frais, grâce à une subvention de 60 % du FEOGA (Fonds européen agricole).
Pour ces jeunes qui ne parlent pas français, l'aventure commence dès le voyage. En 1973, sans avions low-cost, rejoindre l'Auvergne relève de l'épopée :
- Depuis Ankara : Un volontaire turc passe une semaine entière dans les trains et sur les quais de gare pour arriver à Vollore.
- À vélo : Les Hollandais débarquent à la force des mollets, traînant un matériel de couchage hétéroclite et une impressionnante provision de yaourts !
- À pied : Venus en train jusqu'à Vichy, les Allemands décident de terminer le trajet à pied jusqu’au village.
- En stop : Beaucoup parcourent plus de 1 000 km le pouce levé, comme Barbara, étudiante allemande en médecine, qui prolongera ensuite sa découverte de l'Europe à pied avant qu'un autre camarade ne reparte vers Malaga.
Ces chantiers ont façonné nos paysages, mais ils ont surtout prouvé que l'Europe des citoyens existait bien avant celle des institutions.
Le chef de gare au secours des égarés
Bien sûr, la barrière de la langue provoque des situations cocasses. Faute de vocabulaire, certains écrivent leur destination sur un carton : « Je marche à Vollore-Ville ». Il arrivait fréquemment que le chef de gare appelle la mairie en découvrant ces drôles de voyageurs perdus dans les salles d'attente de Pont-de-Dore ou de Courpière. Un jour, la commune a même dû récupérer un groupe mémorable composé d'un Turc, de deux Hollandais et d'une Norvégienne égarés sur les quais !
Aussitôt réunis sur la place de l'église ou de la Conche, tous couraient au café pour étancher leur soif en s'exclamant en chœur : « We must drink, we are thirsty, it's a long way! » (Il faut qu'on boive, on meurt de soif, la route a été longue !)
Une organisation bien huilée sur les chantiers
Pour assurer la bonne marche des opérations, le groupe de bénévoles désigne deux responsables chargés de la liaison permanente avec la municipalité. Leurs interlocuteurs privilégiés ? Le maire de la commune et Monsieur Jean delarboulert, responsable de la direction technique des chantiers.
Chaque matin, un minibus communal prend en charge les volontaires devant la mairie pour les transporter sur les lieux de travail. À midi, le même véhicule revient les chercher pour les conduire à la cantine. Sur le terrain, les jeunes ne chôment pas : tantôt ils répandent de la pierre sur les chemins de desserte, tantôt ils calent les accotements de la voirie ou réalisent des travaux connexes liés au remembrement agricole.
Entre fraternité villageoise et petites frictions
L'ambiance générale sur le chantier reste profondément fraternelle. Très souvent, les habitants du secteur viennent leur prêter main-forte. Les Vollorois n'arrivent jamais les mains vides : ils apportent des rafraîchissements et de délicieuses friandises locales, telles que la traditionnelle pompe aux pommes ou la fameuse bouillie auvergnate. Les travaux progressent ainsi allègrement dans la bonne humeur.
Pourtant, la vie de camp réserve aussi ses rares moments de doute. Deux ou trois fois, les jeunes volontaires viennent se plaindre auprès des responsables de l’indifférence ou de l'hostilité de quelques rares villageois mécontents, pinailleurs sans doute pointilleux sur la qualité du travail fourni...
Le coup de théâtre final : cap sur la liberté !
Si le chantier se termine sans encombre majeure, le jour du départ réserve une surprise de taille. Un jeune Polonais décide de choisir la liberté plutôt que de reprendre la route de Cracovie, alors sous le joug du régime communiste. Il s'enfuit discrètement vers Bordeaux où il réussit à embarquer à bord d'un cargo en partance pour l'Angleterre !
Cette évasion rocambolesque laisse dans un immense embarras les deux jeunes filles polonaises qui étaient chargées de la tutelle et de la surveillance du groupe. À leur retour au pays, ses deux compatriotes connurent de gros ennuis : elles furent immédiatement privées de leur visa pour la France. Le village n'eut d'ailleurs de leurs nouvelles que cinq à six mois plus tard.
Quant au fugitif ? L'histoire s'achève sur un incroyable mystère : il réapparut soudainement à Vollore-Ville une dizaine d'années après sa fuite, alors qu'il était devenu... un haut responsable politique à Varsovie !
Ce texte est tiré d'une reliure sur les Contes et Récits de Vollore-Ville par Mr J. DoUPEUX








